12. April 2004
L'inceste
Ce week-end, dans le pathétique quotidien qu’est désormais Le Monde, se trouvait un pourtant drôle de texte écrit par un mec de Temps Modernes, Robert Redeker, par ailleurs prof de philo et collaborateur occasionnel de l’Humanité. Titre : L’anti-publicité, ou la haine de la gaieté. Propos : les anti-pub se trompent. Arguments (je résume) : « Consommer c’est désirer, et qui veut un monde sans publicité veut un monde sans désir ». Transitivité libérale bien envoyée... Conclusion : «Les anti-pub veulent une société dont la joie de la consommation aurait disparue, donc le corps. Ce sont les nouveaux iconoclastes, autrement dit les totalitaires ce sont eux, et non pas les publicités qu’ils accusent de laver le cerveau du peuple ». J’ai beau tourner ça dans tous les sens, je suis OK sur le fond, c'est même assez agréable de lire un argumentaire aussi provocateur.
Mais il manque tout de même un argument pour finir d’écrabouiller ces peu sexy activistes anti-publicité que l’on a vu à l’œuvre récemment dans le métro à Paris : c’est qu’ils utilisent, et en moins bien, exactement les méthodes qu’ils dénoncent (messages simples et directs, occupation de l’espace visuel, etc). C’est le problème de base des "gauchistes" avec la représentation : ils la critiquent mais ils ne savent pas mieux faire que d’employer ses méthodes… gauchement. Le cinéma dit « engagé », type Magdalene Sisters, est le fleuron historique de cette tendance. Les apparitions menottées de José Bové au journal de 20 heures en font partie. Même paresse et malhonnêteté intellectuelles fondamentales face aux programmes de télé réalité type Loft (sauf quand on s’appelle Ardisson et qu’on retourne sa veste en disant à Jean Edouard ce week-end sans sourciller, « Ouais, franchement, la real-TV maintenant c’est nul alors que le premier Loft avait une dimension warholienne »)…
Tout ça pour vous dire que la pub peut-être passionnante et qu’en ce moment, la période est faste : le film Adidas sur Ali père et fille (photo) est un monument d’embaumement fascinant, où le grabataire qu’est devenu l’ex-boxeur retrouve virtuellement ses gestes de 20 ans. Le voir pris dans cet élan SM et incestueux d'une rare violence est un spectacle fou.
PS: désolé pour la piètre qualité du visuel, je recherche activement une alternative.
Mais il manque tout de même un argument pour finir d’écrabouiller ces peu sexy activistes anti-publicité que l’on a vu à l’œuvre récemment dans le métro à Paris : c’est qu’ils utilisent, et en moins bien, exactement les méthodes qu’ils dénoncent (messages simples et directs, occupation de l’espace visuel, etc). C’est le problème de base des "gauchistes" avec la représentation : ils la critiquent mais ils ne savent pas mieux faire que d’employer ses méthodes… gauchement. Le cinéma dit « engagé », type Magdalene Sisters, est le fleuron historique de cette tendance. Les apparitions menottées de José Bové au journal de 20 heures en font partie. Même paresse et malhonnêteté intellectuelles fondamentales face aux programmes de télé réalité type Loft (sauf quand on s’appelle Ardisson et qu’on retourne sa veste en disant à Jean Edouard ce week-end sans sourciller, « Ouais, franchement, la real-TV maintenant c’est nul alors que le premier Loft avait une dimension warholienne »)…
Tout ça pour vous dire que la pub peut-être passionnante et qu’en ce moment, la période est faste : le film Adidas sur Ali père et fille (photo) est un monument d’embaumement fascinant, où le grabataire qu’est devenu l’ex-boxeur retrouve virtuellement ses gestes de 20 ans. Le voir pris dans cet élan SM et incestueux d'une rare violence est un spectacle fou.
PS: désolé pour la piètre qualité du visuel, je recherche activement une alternative.




Comments
En ce moment je ne trouve pas le nom de la jeune artiste. C'est pas Minette Vari en tout cas.
Bloom parle de Rouseau:
"L'intéresse particulièrement la vertue prétendue de modération qui gouverne les désirs se rapportant à la nourriture et au sexe. Pour lui l'homme est naturellement modéré. C'est la société qui enflamme ses désirs. Et le contrôle qui s'exerce sur eux n'est pas celui de la vertu mais celui de la crainte, du commandement extérieur" Et Bloom d'ajouter en note en bas de page:"Ce point de vue est en quelque façon conservé par Marx, pour qui c'est le capitalisme qui suscite des désirs artificiels et illimités. Le socialisme rétablira le désir dans sa condition originelle. Le capitalisme, au contraire, adopte la vue classique selon laquelle le désir est infini, tout en partageant la conception moderne de la vertu. Il rejette toute tentative de maîtriser le désir, et préfère le canaliser".
chacun interprète cette pub comme il l'entend, mais il me semble evident et clair que le message que Adidas, marque de sport, veut faire passer, est le suivant : dépassez-vous, rééditez l'exploit de votre paternel, soyez fiers, etc... Et certainement pas : envoyez-vous vous en l'air avec votre daron, mais n'oubliez pas de mettre une capote adidas d'abord.
« les meilleurs films sont parfois ceux qui nous permettent, volontairement ou pas, d'oublier leurs intentions. Voir un monde qui s'accorde à mes désirs, tel est mon seul souci, même si mon désir est désaccordé ».
C'est précisément dans cet état d'esprit que j'ai vu “ La Passion du Christ ” ! ! et !
AHAHAHAHAH !
des pisse-froids dont j'imagine l'horizon culturel (Michael Moore et consort)...
Quant à l'interprétation de la pub par OJ, que vous êtes bien traditionnels S et MF...un peu d'imagination que diable! Se contenter de décrypter dans les rails sagement posés par la pub, quel ennui!
J'ose croire que les images sont un peu plus ambiguës que cela (et heureusement qu'elles le sont sinon on se ferait chier comme des rats!)
et puis l'analogie du combat et de l'étreinte amoureuse, c'est vraiment pas un truc nouveau! c'est même très banal! que vous n'ayez pas su voir cela...arghhhh
dans une oeuvre, il y a trois intentions :
les intentions de l'artiste
les intentions de l'oeuvre
les intentions du spectateur...
:-)
les intentions de la marque (adidas en l'occurence) et/ou de l'annonceur.
tout à fait d'accord en ce qui concerne les anti-pubs et leurs méthodes qui déservent leur message, d'autant qu'ils généralisent tout. Sans la pub, la plupart d'entre-nous ne saurait pas qu'il y a des pièces de théâtre, des expos, et autres manifestations culturelles, dignes d'attirer notre attention. Ils m'énervent quand ils tagguent sur ce genre d'affiches, d'autant que souvent, leurs slogans comportent plus de fautes d'orthographe que de mots. Ce qui m'a fait rire, récemment, ce sont ces affiches vierges mises à leur disposition pendant quelques jours, toujours en bout de quai, si possible sans sortie, bref, là où personne ne va pour attendre la rame de métro... En deux temps trois mouvements, ces affiches furent recouvertes de graffitis en tout genre, ça me faisait penser à des gamins à qui on donne une feuille et des crayons de couleurs pour avoir la paix : "tiens, Kevin, fais un dessin et laisse Maman travailler."