L'inceste

L'inceste
Ce week-end, dans le pathétique quotidien qu’est désormais Le Monde, se trouvait un pourtant drôle de texte écrit par un mec de Temps Modernes, Robert Redeker, par ailleurs prof de philo et collaborateur occasionnel de l’Humanité. Titre : L’anti-publicité, ou la haine de la gaieté. Propos : les anti-pub se trompent. Arguments (je résume) : « Consommer c’est désirer, et qui veut un monde sans publicité veut un monde sans désir ». Transitivité libérale bien envoyée... Conclusion : «Les anti-pub veulent une société dont la joie de la consommation aurait disparue, donc le corps. Ce sont les nouveaux iconoclastes, autrement dit les totalitaires ce sont eux, et non pas les publicités qu’ils accusent de laver le cerveau du peuple ». J’ai beau tourner ça dans tous les sens, je suis OK sur le fond, c'est même assez agréable de lire un argumentaire aussi provocateur.
Mais il manque tout de même un argument pour finir d’écrabouiller ces peu sexy activistes anti-publicité que l’on a vu à l’œuvre récemment dans le métro à Paris : c’est qu’ils utilisent, et en moins bien, exactement les méthodes qu’ils dénoncent (messages simples et directs, occupation de l’espace visuel, etc). C’est le problème de base des "gauchistes" avec la représentation : ils la critiquent mais ils ne savent pas mieux faire que d’employer ses méthodes… gauchement. Le cinéma dit « engagé », type Magdalene Sisters, est le fleuron historique de cette tendance. Les apparitions menottées de José Bové au journal de 20 heures en font partie. Même paresse et malhonnêteté intellectuelles fondamentales face aux programmes de télé réalité type Loft (sauf quand on s’appelle Ardisson et qu’on retourne sa veste en disant à Jean Edouard ce week-end sans sourciller, « Ouais, franchement, la real-TV maintenant c’est nul alors que le premier Loft avait une dimension warholienne »)…
Tout ça pour vous dire que la pub peut-être passionnante et qu’en ce moment, la période est faste : le film Adidas sur Ali père et fille (photo) est un monument d’embaumement fascinant, où le grabataire qu’est devenu l’ex-boxeur retrouve virtuellement ses gestes de 20 ans. Le voir pris dans cet élan SM et incestueux d'une rare violence est un spectacle fou.

PS: désolé pour la piètre qualité du visuel, je recherche activement une alternative.

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Comments

sandrine
2004-04-12 23:16:25
Qu'est-ce que ça a d'incestueux que cette confrontation ? Ne s'agit-il pas simplement de filiation ? Je ne vois pas où est le lieu de l'inceste. Auquel cas, qu'il y aurait-il de passionnant à cela ? N'ai-je pas l'esprit assez mal tourné ?
oj
2004-04-12 23:23:37
Je vois que les commentaires ne changent pas de ton. Mais je vais faire comme si. Il s'agit, mademoiselle, de pure spéculation érotique de ma part, spéculation née de la vision répétée de cette publicité et de l'image que j'ai choisi : un père, une fille, un ring, des corps à moitié nus, des coups échangés, une danse... Il n'y a aucune forme de transmission dans ce spot publicitaire, seulement une chorégraphie commune, des forces et des mouvements échangés, de la sueur mêlée. Si vous préférez dire "joute érotique entre un père et une fille", je vous accorde la dénomination. Sans esprit mal tourné.
Roger
2004-04-13 00:28:04
Cela me rappelle uns artiste sud-africaine qui boxait contre elle-même. La vidéo (de la performance) était absolument saisissante.

En ce moment je ne trouve pas le nom de la jeune artiste. C'est pas Minette Vari en tout cas.
oj
2004-04-13 00:45:25
Si tu retrouves son nom ça m'intéresse beaucoup. Elle fait des performances qu'elle filme et non pas des vidéos, c'est bien ça?
skoteinos
2004-04-13 09:39:51
Oui, je ne vois pas non plus d'inceste, même s'il y a quelque chose de sacrilège. Concernant la photo, elle est bien comme ça. Quant au propos : lumineux.
oj
2004-04-13 10:10:36
Vous appelez ça comme vous voulez, un peu sacrilège ou totalement filial, whatever, j'évoque, je le répète, ce que m'inspire la mise en scène de ces corps par la publicité. Mais si vous tenez absolument à y voir l'expression du doux amour paternel, ne vous en empêchez surtout pas.
tlon
2004-04-13 12:55:43
Allan Bloom, L'amour et l'amitié, Livre de Poche.
Bloom parle de Rouseau:
"L'intéresse particulièrement la vertue prétendue de modération qui gouverne les désirs se rapportant à la nourriture et au sexe. Pour lui l'homme est naturellement modéré. C'est la société qui enflamme ses désirs. Et le contrôle qui s'exerce sur eux n'est pas celui de la vertu mais celui de la crainte, du commandement extérieur" Et Bloom d'ajouter en note en bas de page:"Ce point de vue est en quelque façon conservé par Marx, pour qui c'est le capitalisme qui suscite des désirs artificiels et illimités. Le socialisme rétablira le désir dans sa condition originelle. Le capitalisme, au contraire, adopte la vue classique selon laquelle le désir est infini, tout en partageant la conception moderne de la vertu. Il rejette toute tentative de maîtriser le désir, et préfère le canaliser".
.Moland.Fengkov.
2004-04-13 13:40:44
Inceste de citron... Papapapa... Je t'aime tellement...

chacun interprète cette pub comme il l'entend, mais il me semble evident et clair que le message que Adidas, marque de sport, veut faire passer, est le suivant : dépassez-vous, rééditez l'exploit de votre paternel, soyez fiers, etc... Et certainement pas : envoyez-vous vous en l'air avec votre daron, mais n'oubliez pas de mettre une capote adidas d'abord.
.Moland.Fengkov.
2004-04-13 13:45:57
Pour être plus séireux, il s'agit uniquement d'un hommage, d'une illsutration de la filiation : quel plaisir (rien de sexuel) aurait eu la fille de partager ces moments avec son père, et de l'affronter aurait relevé de l'honneur. Il y a fantasme, mais absolument rien de sexuel ou d'incestueux... On parle de sport, de légendes de sport, de héros, de modèle. N'oublions pas que dans un autre spot, on voit les mêmes personnages faire leur footing, dans une ambiance conviviale, sauf que là, parmi les autres coureurs, on compte d'autres modèles, des modèles d'aujourd'hui : Zidane, Beckham... Je ne pense pas que Zizou ait eu envie de se faire une légende, même de façon symbolique.
oj
2004-04-13 14:26:26
Cher ami, tout ce que tu dis est très clair et très juste, mais il se trouve que je ne suis pas le porte parole de la communication d'adidas, mais un spectateur qui voit des images ambiguës là ou le discours voudrait faire taire cette ambiguité. C'est comme pour le cinéma: les meilleurs films sont parfois ceux qui nous permettent, volontairement ou pas, d'oublier leurs intentions. Voir un monde qui s'accorde à mes désirs, tel est mon seul souci, même si mon désir est désaccordé...
.Moland.Fengkov.
2004-04-13 15:08:41
Moi non plus je ne suis pas le directeur de comm' d'Adidas, mais j'ai compris, je pense, leur message... Pourtant, je suis loin de correspondre à leur cible, vu que je ne m'habille pas avec des vêtements de sport et n'en pratique aucun, de sport...
skoteinos
2004-04-13 15:34:55
Cher ami, je relève ceci dans ton texte :

« les meilleurs films sont parfois ceux qui nous permettent, volontairement ou pas, d'oublier leurs intentions. Voir un monde qui s'accorde à mes désirs, tel est mon seul souci, même si mon désir est désaccordé ».

C'est précisément dans cet état d'esprit que j'ai vu “ La Passion du Christ ” ! ! et !
AHAHAHAHAH !
Roger
2004-04-13 22:59:18
Je me rappelle maintenant de son nom, c'est Tracey Rose:
Recently, Rose's work has become more abstract. The piece Rose refers to as "my masterpiece" is TKO (2000), which had its roots when Rose took up boxing and trained at a downtown Johannesburg gym for an extended period "because I wanted to beat up a curator who I thought put up an extremely crap show - I decided not to participate É" Invited in 2000 to take up a residency at the prestigious ArtPace Institute in San Antonio, Texas, Rose proposed the piece which became TKO, in which the artist, unclothed, boxes a punching bag in an ever increasing crescendo of blows and cries, under the surveillance of four spy cameras, including one in the punching bag itself . "Monet's waterlilies struck me - that commitment to the surface - my understanding of boxing was that it was an art, a passion, like dancing, and the intention was that each punch would be a mark, a gesture, building up to something". The images are pale and shifting, the sounds urgent and guttural, and the artist/protagonist is both victim and aggressor, implicating the viewer in this complex visceral exchange.
Roger
2004-04-14 00:05:24
J'ai encore trouvé ceci par hasard:
Zuzanna Janin:"I Love You Too"
Dans l'œuvre de Zuzanna s'affrontent l'homme et la femme, l'artiste et le boxeur professionnel. Le ring est vide, entouré de toutes parts par des images vidéo représentant le combat. L'homme et la femme du film de Zuzanna ne luttent pas l'un contre l'autre mais l'un avec l'autre. L'essentiel, c'est le processus lui-même, la relation.
jean-sébastien
2004-04-14 01:22:54
bon, j'arrive bien tard (Charentes oblige) mais je me dois de soutenir inconditionnellement OJ; d'abord le texte est comme le dit Skoty, lumineux; les anti-pub me font chier, je les trouve bêtes et méchants, sans imagination et pire que tout, dogmatiques; ce sont des puritains de l'image dont les tristes slogans sont tout ce qu'il y a de réactionnaire (un des pires que j'ai lu était : "éteignez votre ordinateur" sur une pub vantant les mérites d'un portable)...
des pisse-froids dont j'imagine l'horizon culturel (Michael Moore et consort)...
Quant à l'interprétation de la pub par OJ, que vous êtes bien traditionnels S et MF...un peu d'imagination que diable! Se contenter de décrypter dans les rails sagement posés par la pub, quel ennui!

J'ose croire que les images sont un peu plus ambiguës que cela (et heureusement qu'elles le sont sinon on se ferait chier comme des rats!)
et puis l'analogie du combat et de l'étreinte amoureuse, c'est vraiment pas un truc nouveau! c'est même très banal! que vous n'ayez pas su voir cela...arghhhh
jean-sébastien
2004-04-14 01:33:17
réponse à Tlön aussi : je crois que la réalité du capitalisme est un peu plus complexe (concernant les désirs) que ce qu'en dit Marx; et puis le désir synthétique er artificiel, je n'y suis pas forcément hostile : il est détestable lorsqu'il s'appelle Disney (les parcs je précise), mais lui même est toujours dépassé par ses propres bugs, ses propres résistances internes, par ses contrebandiers, et dieu sait s'ils sont nombreux si on veut bien se donner la peine de les voir...
jean-sébastien - http://image.kaywa.com
2004-04-14 12:54:47
j'ajouterai une jolie définition de Umberto Eco :

dans une oeuvre, il y a trois intentions :

les intentions de l'artiste
les intentions de l'oeuvre
les intentions du spectateur...

:-)
.Moland.Fengkov.
2004-04-14 13:09:20
Là, il faudrait ajouter :

les intentions de la marque (adidas en l'occurence) et/ou de l'annonceur.

tout à fait d'accord en ce qui concerne les anti-pubs et leurs méthodes qui déservent leur message, d'autant qu'ils généralisent tout. Sans la pub, la plupart d'entre-nous ne saurait pas qu'il y a des pièces de théâtre, des expos, et autres manifestations culturelles, dignes d'attirer notre attention. Ils m'énervent quand ils tagguent sur ce genre d'affiches, d'autant que souvent, leurs slogans comportent plus de fautes d'orthographe que de mots. Ce qui m'a fait rire, récemment, ce sont ces affiches vierges mises à leur disposition pendant quelques jours, toujours en bout de quai, si possible sans sortie, bref, là où personne ne va pour attendre la rame de métro... En deux temps trois mouvements, ces affiches furent recouvertes de graffitis en tout genre, ça me faisait penser à des gamins à qui on donne une feuille et des crayons de couleurs pour avoir la paix : "tiens, Kevin, fais un dessin et laisse Maman travailler."
.Moland.Fengkov.
2004-04-14 13:16:22
En ce qui concerne Michael Moore, on aime ou non, et même si ses méthodes et son discours peuvent paraître contestables, son but affiché est de toucher le plus grand nombre, et quoi de mieux que d'être démago pour atteindre ce but ? En cela, il réussit là où d'autres, peut-être plus sincères, ou plus subtiles, échouent.
jean-sébastien - http://image.kaywa.com
2004-04-14 19:36:03
oui, mais quelle tristesse si les gens ont besoin de démagogie pour penser!!! ça veut quand même dire qu'on est mal barré...
.Moland.Fengkov.
2004-04-14 19:43:52
Bah tu pensais qu'on était bien barré toi ? Faut pas oublier que, sans vouloir être condescendant auprès d'une certaine catégorie de la population, tout le monde ne connaît pas Nietzsche, Kant, Marx, même ceux qui font des études... Les perles du bac en témoignent...

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