30. June 2004
By Olivier at 13:53
L'année où il produisait Lancelot de Lac de Robert Bresson, c'est-à-dire 1974, Jean Yanne réalisait un film dont j'ignorais avant la soirée d'hier jusqu'au titre : Les Chinois à Paris. Pendant que des blogueurs amis s'entredéchiraient à propos des lèvres rouge vif de Asia Argento, et entre deux laborieuses séances d'écriture, j'en ai vu quelques bouts sur C+.
Drôle d'effet : la violence politique du film dépasse le qualificatif d'anarchiste de droite qu'on pouvait lire ci où là à propos du misanthrope préféré des ménagères des années Pompidou. Mais le plus marquant, c'est le film lui-même, sa forme. Car avant de capitaliser sur son personnage de mini-Pialat (du début des années 80 jusqu'à sa mort, en gros), Yanne a été un cinéaste intéressant, un mini-Tati impromptu en quelque sorte.
Les défilés de l'armée populaire chinoise devant les Galeries Lafayette, l'hystérie d'une jeune blonde en tailleur devant sa voiture réquisitionnée par l'occupant, le goût des espaces et des architectures modernes transformées en terrain de jeu - et de mise en scène : tout cela ne trompe pas. Je découvre peut-être l'eau chaude mais ça m'a beaucoup étonné. En même temps, je n'en ai vu que la moitié. Qui saura m'éclairer?
22. June 2004
By Olivier at 23:07
Simplicité éclatante du direct, frontalité géniale de la télévision : ce soir, au moment où l'arbitre sifflait la fin de Danemark-Suède, sur un score de 2-2 qui éliminait les Italiens, ces derniers marquaient le but de la victoire contre la Bulgarie (2-1), pensant ainsi sauver leur peau. Pas de bol, les petits. Nous, on savait déjà tout. Sur le split-screen de la télé, on a vu ces deux actions si liées vivre leur vie chacune de leur côté. Les quelques secondes de joie des Italiens étaient confrontées au drapeaux agités avec rage dans les tribunes de l'autre stade. Par un simple effet Koulechov, on a cru que les Italiens pleuraient. C'était presque vrai, ça allait venir. Quand ils ont su que leur but marqué ne servait à rien, le split-screen est redevenu un instrument à faire jouer le contraste des sentiments (photo). Mais pendant ces quelques secondes d'indécision, il était autre chose, un montage nouveau, une suspension sidérante du sens. Et à ma grande surprise, j'étais triste pour les Italiens que pourtant je souhaite toujours voir perdre. Je les avais vus gagner et perdre au même moment, mais c'était leur victoire que j'avais aimé. Qui a dit que le foot à la télé était une horreur?
17. June 2004
By Olivier at 18:15
En cherchant sur le net une image de la fabulous video de Flawless, j'ai identifié celui qui a chorégraphié le clip. Il s'appelle Michael Rooney. En cherchant encore, j'ai trouvé son nom associé à... Spike Jonze deux fois (It's Oh so quiet de Björk et le génial Praise you de Fatboy Slim) et, parmi d'autres références, à la dernière video de Kylie Minogue, Chocolate, dont une source sûre et connaisseuse me dit qu'elle est encore plus inspirée par Busby Berkeley que celle de Slow.
Alors, on nous aurait menti? Le Director's Label (où sont sortis en DVD les clips de Gondry Jonze et Cunningham il y a quelques mois) serait-il une appellation fabriquée pour appâter le chaland en mal de repères culturels rassurants ? Qui a eu toutes les idées innovantes de ces vidéos ? Qui en est vraiment l'auteur ? Question théorique pas vraiment nouvelle, qui date de l'âge d'or hollywoodien et de la comédie musicale, mais qui est tout à coup reformulée par le clip. Moi qui croyait pouvoir identifier les génies contemporains en me baladant tranquille à la FNAC, j'en suis tout retourné..!
By Olivier at 01:03
La deuxième saison est un road-movie. Peut-être à la rentrée sur Canal +...
15. June 2004
By Olivier at 21:28
Si le créateur star des séries des années 90 (Ally Mc Beal, The Practice entre autres) s'y met lui aussi, alors c'est peut-être que quelque chose a changé dans la perception de la Real TV. Pas forcément pour me déplaire : la rencontre d'un génie du récit avec une forme aussi "plate" (je veux dire "neutre" en quelque sorte, sans que ce soit un défaut) peut faire des étincellles...
Voici la brève Reuters:
TV producer David E. Kelley, an outspoken opponent of "reality" television, has bowed to the genre's popularity by developing a drama with real lawyers, Daily Variety said in its Wednesday edition. Kelley, who will serve as a consulting producer, will create a law firm whose members will try real civil cases through binding arbitration overseen by current or former judges, the Hollywood trade paper said. Lawyers will be fired along the way, leaving an eventual winner.
NBC, a unit of General Electric Co., has given the go-ahead to eight episodes of the as-yet-untitled project. "In success we should be as enlightening as we are entertaining," Kelley, a former attorney who created the Emmy-winning legal drama "The Practice," was quoted as saying in Daily Variety. "In failure, we'll stink." Kelley attracted headlines last year by satirizing reality TV during an episode of "The Practice." He told the paper that he was still not a fan of such shows, especially those "that pander to the lowest common denominator."
14. June 2004
By Olivier at 18:43
Vu cet après-midi sur MCM, le clip du dernier single de George Michael, Flawless, est une merveille. Je n’ai pas réussi à trouver de capture vidéo convenable, il faudra se contenter de descriptions.
Dans une grande pièce, type suite de grand Hôtel, un jeune homme puis deux puis des jeunes filles puis d’autres, blancs noirs ou jaunes, jusqu’à une vingtaine, se trémoussent au son disco de la musique. La logique d’accumulation des corps est doublée d’une logique gestuelle, la même à chaque apparition : chacun entre dans le champ habillé normalement, en uniforme de boulot par exemple, et tout à coup, comme saisi par la calor ambiante, se met à enlever ses fringues jusqu’à se retrouver en sous-tif ou caleçon, c’est selon. L’espace se peuple peu à peu de corps à demi-nus, dans la frénésie d’un érotisme à la fois programmé (par le dispositif) et spontané.
Pourquoi spontané ? Parce qu’aucun ne fait les mêmes mouvements (le Around the World des Daft Punk est loin) et surtout, parce que personne ici ne se ressemble : le « message » de la chanson, inspiré à George Michael par les remarques sarcastiques qu’il aurait subies sur les hauts et les bas de son régime calorique, est de dire à peu de choses près que gros moche ou beau, on est tous frères. Ce qui ne casse pas des briques ainsi formulé est pourtant miraculeux à l’image. La raison en est simple : au contraire du Beautiful de Christina Aguilera qui disait la même chose en multipliant les images misérabilistes de corps en souffrance (le clip en noir et blanc était nullos), c’est à une party hédoniste, follement utopique, à laquelle on assiste. Dans les dernières secondes de la chanson, tous se rejoignent et entament une chorégraphie collective devenue d’un seul coup audacieuse.
Deux autres beautés dans ce clip : 1. le souvenir de Freedom du même George il y a une dizaine d’années et son casting de mannequins superstars, mais renversé. 2. J’ai loupé le début, mais pour ce que j’en ai vu, le clip de Flawless est constitué d’un unique plan séquence. En forçant un peu les choses on peut traduire le titre qui signifie « sans défauts » par « sans coutures », et retrouver transformé tout un pan de la théorie du cinéma à la télévision ! Merci George !
PS Pas inutile d'aller jeter un coup d'oeil au joli texte de JS intitulé "Tu me regardes ou pas?". Je ne sais pas faire les liens alors voilà : cliquez sur "JS et les images" ci-contre et sur sa page d'accueil recliquez sur la section " video clip". Ensuite, relax and enjoy...
13. June 2004
By Olivier at 18:27
Après le single du moment, voici le tube (écoutable, je laisse la variété est-européene importée de côté) de l'été, "Dip it Low" de la lutine mutine rnb Christina Milian. Ses jupes raccourcissent de clip en clip, mais pas le potentiel christinagui-britneysque de la demoiselle. A bien y réfléchir, au moins quinze secondes, il n'y avait pas, avant elle, d'équivalent black aux deux reines du slutty behaviour inspiré: Beyoncé est une diva soul en plus d'être une allumeuse (résultat : la star ultime de l'Amérique de 2004), et quand celle-ci en est encore à se rêver gentiment en "naughty girl", Christina M. nous demande en direct sur MTV de la lui "tremper bien profond" - il suffit de traduire avec un peu d'imagination. Son charme est essentiellement pornographique, sa musique et ses images cliquent, dans la tête comme sous la ceinture. C'est l'été, CQFD.
29. May 2004
By Olivier at 01:46
J’ai rattrapé ce soir le Alias diffusé dimanche dernier. Résumé certifié anti-spoiler : Chamonix/Zurich/Los Angeles, Sloane va mal (?), fait appel à une psy, Sydney et Vaughn volent une bouteille de Château Margaux 1953, Marshall se marie, Sark et la femme de Vaughn fricotent avec le Président du Jury du Festival de Cannes.
Pour aller vite : épisode d’une pureté et d’une virtuosité inégalables, concentré d’efficacité théorique. Car même s’il est ce que l’on peut appeler « de transition », c’est-à-dire qu’il est fait pour enclencher les pistes narratives qui vont animer la fin de la saison, dans le même temps, rien dans ce que les scénaristes veulent faire passer n’est là au détriment du suspens et de la mécanique émotionnelle de la série. Impression incroyable de voir une machine folle s’emballer et au même moment garder ses marques. Accélérer, rester en place. Transpirer, aimer. Scène clef : le mariage de Marshall alors qu’il pilote depuis Langley une opération ultra délicate qui se déroule à 10 000 kilomètres. Son amie s’apprête à accoucher et exige de se marier avant de partir à la clinique, soit dans les cinq minutes. Cinq minutes, c’est le temps imparti à Sydney et Vaughn pour sortir vivants de leur mission. Le compte à rebours sentimental est (littéralement) le même que celui de l’action, la scène est dédoublée. Tout Alias est là. Génial.
11. May 2004
By Olivier at 10:24
L’autre événement de cette dizaine américaine (avant, après la torture en Irak ? Non. En même temps) a été la diffusion jeudi soir du dernier épisode de Friends de toute la vie. La télé a enveloppé Ross, Rachel, Monica, Phoebe, Joey et Chandler d’un linceul de larmes plus ou moins de crocodiles, à deux millions de dollars les trente secondes de publicité. D’où cet étrange spectacle au Universal City Walk, lieu ahurissant où j’ai passé la soirée et dont vous voyez ici une vague photo : massés devant un écran géant entouré par un cinéma désert d’un côté et la grosse guitare du Hard Rock Café de l’autre, les spectateurs (moi y compris) n’ont pas quitté leur poste pendant 1 heure, au moins aussi attentifs à ces pubs si exceptionnelles – dont la sublime bande annonce de Spider-Man II, qui semble être passé du teen movie au mélodrame, on verra ça – qu’à la conclusion très Seinfeld, très pieds dans le ciment volontaire, du show.
J’avais promis, PAS DE SPOILER. Mais tout de même une chose : vu le délire proche d’un deuil provoqué par la fin de la sitcom (51 millions de spectateurs), il était passionnant de voir comment celle-ci serait ritualisée. Devant le magnifique panoramique final, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au texte de Daney sur le « Au revoir » de Giscard en 1981. Je me suis dit que les rituels de disparition télévisés d’aujourd’hui, inaugurés par les lumières s’éteignant une à une sur le plateau du Loft 1, ne semblent même plus avoir besoin des corps. Giscard avait marqué son départ en créant du hors-champ, en organisant le manque de lui-même à son départ du cadre. La semaine dernière, les acteurs de Friends étaient de tous les plateaux de télé, sur-présents à l’image, plus encore que lorsque le show était diffusé. Du coup, le hors-champ, ce n’était plus la vie des fantômes en dehors du cadre, mais le cadre lui-même, vidé d’un seul coup et transformé en souvenir – et en tombeau. Ce qui manquera, contre toute attente, ce ne sont pas les Friends, mais leur appartement. D’ailleurs, ils ont déposé les clefs.
Ça arrive début juin chez nous, et ça mérite un coup d’œil.
09. May 2004
By Olivier at 21:18
En dix jours à L.A. (voilà donc pourquoi j’avais disparu), rien ne m’a plus impressionné que des images que beaucoup d’entre vous ont du voir en France, mais peut-être pas de manière extensive : l’interrogatoire en direct à la télévision de Donald Rumsfeld par une commission du congrès après la révélation d'actes de tortures perpétrés par des soldats américains en Irak. Pas super pop, dites-vous, à moins que l’abruti qui tient ce blog ait envie de comparer les photos dégueulasses d’amas de chairs entrelacées publiées dans la presse à des porno amateurs. Pas con, mais là n’est pas mon propos. Je vais pas recommencer si hardcore, les enfants aussi me lisent. Et en plus il fait vingt degrés de moins ici que là-bas. Je suis d'humeur maussade. Bye bye le pop pour la soirée.
Ce qui m’intéresse : l'interrogatoire de Rumsfeld a été très proche de l'idée que je me fais de la manière dont on doit filmer la vie démocratique en 2004.
En vrac : direct / télévision / sobriété / champ / contrechamp / question / réponse / contradiction / défense / attaque / morale / responsabilité / plan fixe / violence des échanges / communauté vs individu / visages creusés. Tout y était.
(Demain, récit SANS SPOILER du « finale » de Friends, vu sur écran géant dans l’irréel supermarché à ciel ouvert des Universal Studios – avec, miracle, de l'émotion.)