19. November 2004
Romance
Dans 2046, chaque plan est la nostalgie d’un autre pas encore tourné, chaque mouvement de caméra est une table rase d’où s’échappent pourtant des formes, des couleurs, leurs pères, leurs mères, leurs enfants. Dans 2046, il y a un corps qui dit ça, que l’effacement et la révélation simultanés sont le coeur du cinéma, même si cinéma est un gros mot, quand on lit encore Alain Bergala. Ce corps, c’est celui de Zhang Ziyi. Je l’ai revue ce matin dans House of Flying Daggers d’un autre Zhang, Yimou (d’ailleurs un joli film, comme une version site web IKEA d’un Chang Cheh de la fin des années 60) et je peux dire sans crainte de me gourrer qu’elle est la grande actrice romantique des années 2000. Son visage se prête à la déformation sans effets, la souffrance sexuelle se lit sur ses joues plutôt que dans ses yeux, et ses mains d’enfant reçoivent sans faire de différence des bagues ou des sabres. Elle pleure bien. Son hystérie est non explosive. Son anti actor-studioïsme est une preuve d’intelligence. Une autre preuve d’intelligence : elle ne donne pas envie d’elle, mais de ses partenaires, parce qu’elle a envie d’eux. Elle sait qu'un film fait ricocher les désirs. De ce point de vue, elle est aussi la messagère des cinéastes. Parfaite. A part Jennifer Garner, je ne vois personne à son niveau. Elles, je les embrasse toutes les deux sur la bouche.



