Paris in Los Angeles

Paris in Los Angeles
“Ne sortez jamais quand il pleut, sauf si vous avez un parapluie Gucci”

N’ayant pas donné de raison à mon absence prolongée de ce blog (cruel summer?), je n’en donnerai pas plus sur mon retour. Disons seulement que la vie en pop m’est apparue moins urgente. Depuis, j’ai rencontré Paris Hilton.

Je vous dois bien de raconter l’affaire. C’était sur Sunset Boulevard, dans une librairie tout à fait respectable, en face du Tower Records, pour ceux qui connaissent. Avant Hunter Thompson le mois prochain, “Book Soup” accueillait l’ultrablonde pour la signature de son premier livre, “Confessions of an heiress”, précis de pop culture extravagant dont je me delecterai dans les jours qui viennent de parsemer ce blog d’extraits délicieux. Sur le trottoir, deux cent personnes font la queue avec moi. Parmi elle, deux adolescentes en mini et talons, tank top échancrés, toutes chairs dehors, se distinguent : elles sont bâties sur le même modèle que Paris et son amie Nicole Richie dans “The Simple Life”. C’est voulu. Elles ont dix-sept ans, elles veulent ressembler à Paris et Nicole sur ce trottoir de Hollywood et elles posent pour les paparazzi. A part ces deux teenage girls, la foule est mixte : pas mal de caricatures lumpen (Paris est riche donc elle est leur idole) et lumpen-chic (pédés, allumés, moi).

De l’autre côté du Boulevard, une cinquantaine de babos version troisième millénaire déploient des pancartes et crient des slogans comme ”Paris, tu n’as pas de talent”. Certains sont plus inspirés mais je ne m’en souviens plus. En gros, c’est une manif anti Paris Hilton. La caissière de la libraire, qui a sans doute lu Guy Debord, me glisse qu’elle pense que ce sont les attachés de presse de la miss qui ont payé ces jeunes gens pour faire semblant de manifester contre elle. Je ne sais pas pourquoi mais je pense à ce moment là au fait que le film de Michael Moore va faire gagner l’eléction à Bush.

Je profite de la petite heure que j’ai devant moi (mon numéro de ticket : 191) pour lire la feuille de recommandations donnée avec le livre pour que je me comporte bien avec la star. “On ne personnalise pas la signature / NO PHOTOS NO PHOTOS NO PHOTOS / Paris Hilton ne signera que des livres” etc. Comme si j’allais lui faire signer mon téton. Les cinquante neuf minutes restantes sont consacrées à refléchir à ce dont je pourrais parler avec elle. Je sèche comme un con. “Je n’ai rien à vous demander mademoiselle, je préférerais vous regarder”, voilà ce que je voudrais lui dire mais en aurai-je le courage ?

La réponse est non. Arrivée devant elle, je marmonne un truc débile du style “Je suis venu de France pour vous voir” et je crois qu’elle sens que ce n’est pas vrai et elle fronce les yeux comme un chat et dit “Coooool”. Je suis tétanisé et le temps qu’elle met à faire un coeur et à griffonner son nom me parait infini et à elle aussi sans doute puisqu’elle lance un “What’s up?” digne d’une pornstar. Je ne réponds pas je suis trop ébloui par sa blondeur, je veux dire que j’en ai mal aux yeux. Elle dit “Nice meeting ya” et je dis “Hey, bye” et je me retrouve seul dans le couloir vers la sortie. Un ami qui passait après moi a tenté “j’ai rêvé que vous deveniez brune” et elle a répondu “j’aime bien mes cheveux comme ça”.

Juste avant de repartir vers la maison, je décide avec mes amis d’attendre Paris derrière la librairie, pour voir sa sortie. C’est quoi une sortie de star ? Là, il y a un couple de mexicains avec leur bébé qui ne doit pas avoir plus d’un mois, et une quinzaine de personnes dont un jeune couple utra fringué mais vulgaire, du genre qui dépense des sommes ahurisssantes chez Bloomingdale’s mais n’aura jamais la classe. Paris descend un escalier de service et rentre dans une voiture noire au vitres teintées seulement à l’arrière qui nous envoie ses phares à la gueule pour ne pas qu’on filme. La mère du bébé mexicain l’appelle en lui baragouinant que la photo qu’ils ont prise à l’intérieur n’a pas marché et qu’ils veulent recommencer. Paris dis “OK, come here” et trente secondes plus tard ils reviennent vers nous les yeux remplis d’étoiles comme s’ils venaient de voir le pape, je pense que c’est à peu près ça. Leur bébé a commencé sa vie auprès de Paris Hilton, je suis prêt à parier que c’était sa première sortie.

La voiture de Paris passe enfin devant nous, et quand elle s’éloigne, cette jeune fille de 23 ans passe sa main à travers la vitre et miaule (oui elle ne parle pas elle miaule) “Good night thank you guys so much” et je remarque que le jeune couple chic mais toc a disparu mais pas pour longtemps car je les vois au volant d’un hummer qui ferait frissonner Skoteinos de rage, prêts à démarrer, ce qu’ils font au passage de la limo de Paris Hilton, avant de s’enfoncer dans la nuit sur son sillage.