01. June 2004
Pong vs Rubens
J’ai fait ce week-end à Lille l’expérience à la fois la plus contrastée et la plus cohérente de consommation culturelle contemporaine en enchaînant presque coup sur coup deux grandes expositions très médiatisées : la rétrospective Rubens au Musée des beaux Arts et Game On, sur les jeux vidéo, au Tri Postal.
Rubens : samedi en fin d’après-midi, heure creuse, mais tout de même des cars de touristes en pagaille, troisième âge en majorité, guides gueulards, au secours. Accrochage ni réussi ni raté puisqu’on sent bien que le but des commissaires a été d’amasser le plus de toiles possible quel que soit l’espace dont ils disposent, histoire de justifier le titre de « grande exposition » qu’on doit donner à cette rétro. Résultat : seuls les grands formats sautent aux yeux, et pour le reste, le visiteur doit se frayer un passage dans les recoins, inventer ses propres angles de vision, rythmer l’exposition à la force du poignet – moi, j’ai suivi ce qui me semblait le fil érotique de la peinture de Rubens, des jets de lait sortant du sein d’une mère, ou encore une « Venus frigida » (Vénus a froid) pleine de sensualité boudeuse, et enfin, le clou, un « Suzanne et les vieillards » totalement teenage. On ne se refait pas.
Game on : dimanche matin, heure creuse mais cette fois pas de cars. Plutôt des gamins avec papa maman, pas mal de trentenaires, des jeunes couples. Baskets pour tout le monde. Révélation : c’est la première exposition que je traverse où il est non seulement permis de toucher les pièces, mais où c’est quasi-obligatoire. Car tout est jouable. On navigue à travers trois grands halls et six ou sept parties dans ce qui est, on le comprend en moins de cinq minutes, une immense salle de jeu. Vision familière de gamers alignés, ultra concentrés, bruits électroniques mélangés, afflux de couleurs criardes. Toutes les consoles et tous les jeux d’arcade importants sont là, de Pong à Virtua Striker, et seuls quelques panneaux avec dix lignes de texte donnent une cohérence théorique à la présentation.
Car la grande cohérence de l’expo est d’abord… pratique : on y apprend, littéralement, ce qu’est l’Histoire, en passant en quelques secondes d’un vieux jeu de baston à la version la plus moderne du genre, sans autre déplacement que physique, sans autre a priori que celui où nous mène notre désir.
Naturellement, le désir n’est pas le même pour tout le monde. Moi, je me suis jeté sur Space Invaders, puis Virtua Tennis sur Dreamcast, j’ai même passé cinq minutes à retrouver mes réflexes d’enfant en jouant à Donkey Kong – même sensation de folie mécanique et d’excitation répétitive, sueurs froides à la clef. D’autres ont peut-être recréé in extenso leur espace privé en restant scotché à la PS2. Mais au bout du compte c’est dans la conjonction d’un espace et d’un imaginaire privés avec un mouvement collectif, celui de l’histoire de l’art jeune des jeux vidéo, que Game On est un expérience fascinante. Il y a bien une touche arty avec quelques installations et deux trois vidéos, mais jamais, me semble-t-il, avec d’autre souci que celui d’étendre sans arrêt le domaine d’étude de l’exposition. Zéro justification haute culture, thank god.
N’ayant rien d’un spécialiste, je ne peux pas juger des éventuels, oublis, erreurs, etc. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que l’on reste un peu frustré par le fait que certaines questions théoriques majeures ne sont qu’effleurées – la partie sur le cinéma, par exemple, n’est pas très convaincante, se bornant à donner les exemples d’interactions objectives entre ciné et jeux.
Alors, Pong vs Rubens ? Disons qu'entre la foire à la culture où il faut faire un effort presque surhumain pour trouver son propre point de vue (Rubens) et le grand déballage de signes où l’on construit pied à pied sa réflexion (Game on), ce week end lillois n’a rien fait pour me désespérer de la vie en pop.
Rubens : samedi en fin d’après-midi, heure creuse, mais tout de même des cars de touristes en pagaille, troisième âge en majorité, guides gueulards, au secours. Accrochage ni réussi ni raté puisqu’on sent bien que le but des commissaires a été d’amasser le plus de toiles possible quel que soit l’espace dont ils disposent, histoire de justifier le titre de « grande exposition » qu’on doit donner à cette rétro. Résultat : seuls les grands formats sautent aux yeux, et pour le reste, le visiteur doit se frayer un passage dans les recoins, inventer ses propres angles de vision, rythmer l’exposition à la force du poignet – moi, j’ai suivi ce qui me semblait le fil érotique de la peinture de Rubens, des jets de lait sortant du sein d’une mère, ou encore une « Venus frigida » (Vénus a froid) pleine de sensualité boudeuse, et enfin, le clou, un « Suzanne et les vieillards » totalement teenage. On ne se refait pas.
Game on : dimanche matin, heure creuse mais cette fois pas de cars. Plutôt des gamins avec papa maman, pas mal de trentenaires, des jeunes couples. Baskets pour tout le monde. Révélation : c’est la première exposition que je traverse où il est non seulement permis de toucher les pièces, mais où c’est quasi-obligatoire. Car tout est jouable. On navigue à travers trois grands halls et six ou sept parties dans ce qui est, on le comprend en moins de cinq minutes, une immense salle de jeu. Vision familière de gamers alignés, ultra concentrés, bruits électroniques mélangés, afflux de couleurs criardes. Toutes les consoles et tous les jeux d’arcade importants sont là, de Pong à Virtua Striker, et seuls quelques panneaux avec dix lignes de texte donnent une cohérence théorique à la présentation.
Car la grande cohérence de l’expo est d’abord… pratique : on y apprend, littéralement, ce qu’est l’Histoire, en passant en quelques secondes d’un vieux jeu de baston à la version la plus moderne du genre, sans autre déplacement que physique, sans autre a priori que celui où nous mène notre désir.
Naturellement, le désir n’est pas le même pour tout le monde. Moi, je me suis jeté sur Space Invaders, puis Virtua Tennis sur Dreamcast, j’ai même passé cinq minutes à retrouver mes réflexes d’enfant en jouant à Donkey Kong – même sensation de folie mécanique et d’excitation répétitive, sueurs froides à la clef. D’autres ont peut-être recréé in extenso leur espace privé en restant scotché à la PS2. Mais au bout du compte c’est dans la conjonction d’un espace et d’un imaginaire privés avec un mouvement collectif, celui de l’histoire de l’art jeune des jeux vidéo, que Game On est un expérience fascinante. Il y a bien une touche arty avec quelques installations et deux trois vidéos, mais jamais, me semble-t-il, avec d’autre souci que celui d’étendre sans arrêt le domaine d’étude de l’exposition. Zéro justification haute culture, thank god.
N’ayant rien d’un spécialiste, je ne peux pas juger des éventuels, oublis, erreurs, etc. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que l’on reste un peu frustré par le fait que certaines questions théoriques majeures ne sont qu’effleurées – la partie sur le cinéma, par exemple, n’est pas très convaincante, se bornant à donner les exemples d’interactions objectives entre ciné et jeux.
Alors, Pong vs Rubens ? Disons qu'entre la foire à la culture où il faut faire un effort presque surhumain pour trouver son propre point de vue (Rubens) et le grand déballage de signes où l’on construit pied à pied sa réflexion (Game on), ce week end lillois n’a rien fait pour me désespérer de la vie en pop.



