Signé télé

Ma plus histoire d'amour
J’ai traversé la Nouvelle Star de larmes en larmes, comme chaque semaine, et il sera un jour temps de me demander pourquoi. Pourquoi cette émission me paraît, jeudi après jeudi, être le summum de la télé d’aujourd’hui. Même quand les chansons m’emmerdent, même quand ils chantent faux. Hier, pourtant, était spécial : c’était ce que j’appellerai une émission totale. Je m’explique.

Ceux qui aiment la Nouvelle Star parce que ce serait « authentique » ont tort de dire (ou d’écrire, en l’occurrence, ce fut fait hier dans Libération) que là, au moins, on s’éloigne de la téléralité. Au contraire, on est en plein dedans.

Il n’y a pas d’émission quotidienne, pas de caméras 24/24, pas de vie en commun, comme dans Starac ? La Nouvelle Star est face à un nouveau défi : remplir en quelques minutes, en quelques plans, le vide laissé pendant la semaine écoulée. La grande force de l’émission est là. Chaque regard, chaque geste, chaque angle de caméra, chaque inflexion de la voix compte. L’intensité est sans cesse renouvelée, nourrie par le flot de ces images toujours décisives. Stupéfiants hier soir les petits reportages précédant l’entrée en scène de chaque candidat. En une minute trente défilait le récit de leur « journée type » du jeudi : arrivée dans la salle, angoisse, répétitions, re-angoisse, maquillage. Les moments avant leur entrée en scène clôturaient le reportage, et le direct reprenait, avec le début de la performance du soir pour l’interprète.

Différé+direct, l’un donnant à l’autre la main, toute la dualité (je pourrai dire l’esprit dialectique) de la Nouvelle Star est là : entre le montage de la vie en tranches de quotidien spectaculaire et la mise en danger permanente de ce montage par l’irruption d’un autre espace (le moment du chant), qui n’est ni le réel brut ni bien sûr le songe, mais un état toujours vaporeux – que je rapprocherai des grands moments de sport à la télé, quand on ne sait plus si c’est la chorégraphie des corps, la compétition ou encore la compassion pour la douleur qui provoquent notre éperdu désir. Ce genre de mis en scène de l'émotion est absolument unique, c'est signé télé.

L’émission d’hier était aussi totale parce qu’en plus, déglinguée, malpolie, excessive. Bordélique jusqu’au bout. J’ai aimé : la nudité excessive de la scène, la subtile révélation du couple Laura/Steeve (photo), les visages sans exception, l’esprit de rébellion. J’en dirai plus une autre fois parce que là je dois me casser : c’est mon anniversaire, les gens m'attendent.