Yeah, baby!

Yeah, baby!
Quel est le portrait de la popstar idéale ? La question est brûlante. D’abord évacuer une fausse piste. On ne la trouve pas dans les émissions de télé réalité qui partent à sa recherche. Que ce soit sur M6 ou TF1, ce qu’on voit, et ce qui est beau, ce sont toujours des naissances : débuts d’un groupe ou d’un chanteur, mais aussi, plus concret, plus décisif, naissance d’une voix ou d’un corps dont on suit les premières métamorphoses.

La téléstar est une chrysalide qui mute sous nos yeux énamourés. Mais la popstar est déjà un papillon : elle furète, dévoile au monde sa beauté, puis se retire d’un battement d’ailes pour cramer plus ou mois vite. La popstar est certes multiple, évolutive, mais toujours à partir d’une image primitive déjà fixée sur nos écrans intimes - cf Madonna et Bowie, les plus forts.

Alors qui ? En ce mois d’avril si peu prompt à la danse, je n’en vois qu’une. C’est un garçon. Noir, évidemment, comme tout ce qui compte ou presque dans l’entertainment américain. Chanteur. Divin danseur. C’est Usher. L’éternel petit prince du rnb parvenu à maturation squatte actuellement les charts de nos grand-mères (France Bleue) et ceux de nos petites sœurs (NRJ etc). Yeah (c’est le titre de son single, petite bombe qui déchire en deux notes et puis c'est tout). Elle vont enfin se parler.

Et pourquoi Usher ? Parce qu’il cumule les deux qualités principales d’une popstar : incarner le présent absolu tout en montrant son intemporalité – autrement dit, sa conscience de l’Histoire. Pour le comprendre, il faut passer un peu de temps sur les chaînes musicales. On y cherchera deux clips. Dans celui de Yeah, et bien qu’il n’aie rien d’une bombe sexuelle, Usher exhibe toute la panoplie du rnbiste de base : baskets flashy, casquette désaxée, veste blanche, jean baggy, bijou en diamants, bonnes bitches en minishort. Mais le plus important, c’est qu’il danse. Comme un Dieu. Le montage ultrarapide, même s’il empêche de saisir l’ensemble de sa chorégraphie, nous laisse admirer quelques détails, quelques gestes sublimes : un déhanché par ci, un mouvement de nuque par là, deux ou trois pas glissants idéalement enchaînés. C’est un bon début. Le deuxième clip, lui, nécessite plus d’attention. C’est celui de Naughty Girl, le nouveau single de Beyoncé. Sans être crédité, Usher y apparaît quasiment en tant que figurant. Il ne chante pas mais danse style salon avec la belle, à peine une minute. Il est habillé en black années 50, veston et gilet. Absolument sobre, il incarne l’anonyme danseur voué à son art.

Sa force est de faire de ces deux images a priori concurrentes un ensemble cohérent : crédible en star du rnb 2004 comme en élégant danseur « de patrimoine », tel est Usher.

Cette alliance de l’ancien et du nouveau appelle un souvenir précis : celui de Michael Jackson, dont notre popstar du mois reprend bien des attitudes, au point que l’on peut voir en lui une réincarnation joyeuse du King of Pop, au moment même ou celui si s’enfonce dans la plus effarante tristesse. L’original a renoncé à son corps et s’emploie à le mutiler, lui le fait revivre en y injectant sans arrêt un peu de sang neuf. Intéressant petit bonhomme…