26. April 2004
By Olivier at 23:10
Un petit événement télé a eu lieu aujourd’hui : MTV France a dévoilé sa nouvelle grille. Adieu le robinet à clips (sniff…), bonjour les émissions phare de la chaîne en direct des USA. On attendra un peu pour un avis général, mais je peux déjà dire une chose : le Wade Robson Project vient de gagner sa place dans ma liste des immanquables.
C’est quoi, le Wade Robson Project ? Un show de real-TV où de jeunes danseurs viennent montrer ce qu’ils savent faire pour un contrat avec le maître. Un(e) seul(e) parmi des milliers aura le droit de devenir pro auprès de Wade, donc, chorégraphe en vogue et joli garçon – c’est avec lui que Britney aurait trompé Justin, me glisse une informatrice digne de confiance… Précision : par « danse », on entend ici le bouge ton cul globalement hip hop qui règne sur le vidéo-clip contemporain. Mais là n’est pas la seule attraction de ce dérivé de popstar. En vrac, on attend une radiographie swingueuse de l’urbanité américaine, un drame à épisodes avec larmes et muscles, tout ce qui fait le prix de nos soirées d’automne sur M6.
Aujourd’hui, c’était les pré-sélections, et le bogosse Wade a déjà montré toute l’étendue de son charme vachard. Demain, on attaque les épreuves solo. L’impatience m’envahit parce que tout ça a l’air diablement bien filmé, avec un mélange de sobriété (on laisse un corps accomplir sa performance jusqu’au bout) et de fureur iconoclaste (on compense ce statisme par une frénésie de ralentis et de champs/contrechamps rapides entre les perf') qui a déjà fait ses preuves. Résumé : rien de très nouveau, sauf que tout est neuf. Miracle de la Real-TV…
24. April 2004
By Olivier at 12:43
Vision nocturne dans une salle de bain amie... Merci A.
23. April 2004
By Olivier at 19:43
En passant tout à l’heure devant un magasin branché-beauf du Marais en compagnie d’un jeune philosophe névrosé, j’ai remarqué en vitrine une annonce pour le lancement prochain du jeu Space Invaders version 2004. La soirée aura lieu la semaine prochaine, me semble-t-il. Chez Colette. Je n’ai rien contre ce magasin, je viens même de m’y acheter des shades Dior Homme introuvables ailleurs que dans le Vogue USA. Je les adore. Je sais, c’est facile.
Mais je n’ai pas perdu mon temps. Au moment où je passais devant ce magasin, je me suis rendu compte d’une détestation que je ne m’étais pas encore formulée. La nostalgie en soi, celle qui perturbe mes visions de trentenaire trop marqué par l’idée de la première fois, je lutte chaque matin pour ne pas y céder, et si j’y cède parfois, cet abandon est terrible et délicieux. Mais la nostalgie qu’on m’impose, celle de Casimir, de Pac Man et donc de Space Invaders, celle-là me semble un mode de régression générationnelle horriblement anticool. Paris Hilton trouve que le Coca Light, c’est pour les fat people. Moi, mon coup de gueule c’est plutôt : la régression, c’est comme le sexe, c’est bien à deux, trois maxi, mais après, sans moi les gars.
L’expérience concrète de cela m’est venu un peu avant que je ne formule ce raisonnement, hier matin, en regardant le DVD, tout juste sorti dans le commerce, du concert de la tournée 1986 de Prince. En deux mots, ce concert est mythique pour moi. Je n’y étais pas – trop jeune, pas parisien, connaissais pas Prince. J’ai dû le voir une trentaine de fois vers l’âge de 16 ans, trois ans plus tard. Pour moi, c’est le summum de Prince parce qu’à ce moment-là, il cumule à égalité les douces fonctions de génie post-funk et de superstar internationale.
J’ai revu ce concert hier avec exactement la même émotion. Je précise : je n’ai pas pensé une seule seconde à mon expérience de 1989 pendant le visionnage. C’était la même émotion, non pas le souvenir de cette émotion que j’aurais actualisé. Je ne m’en suis souvenu qu’après, des tremblements de plaisir etc. Ces images un peu passées, ces rouges surincandescents autour de la batterie de Sheila E., ce décor de fake cabaret, cette sublime version de Little Red Corvette, n’ont éveillé chez moi aucune nostalgie. Comme si la forme Prince avait la capacité de se créer illico en tous lieux et en tous temps, génération instantanée-éternelle, naissance sans fin*.
Expication partielle : Prince a toujours été intemporel, à la fois avant-gardiste et ringard, peu sensible au contemporain - ce qui est évidemment une manière d’être contemporain. Il échappe donc au business paresseux de la nostalgie. Et les Space Invaders ? Ils sont morts.
* Une précision : le passé a fait saillie une fois, mais sur un mode strictement cinématographique, à l’apparition de Mavis Staples, choriste fidèle de Prince disparue il y a cinq ans.
22. April 2004
By Olivier at 02:01
En plus de ces images parlantes, voici la note de l'éditeur à propos d'un livre écrit par un professeur à USC, suivie d'une partie de son interview. Pour continuer le débat en cours...
Conversation With Todd Boyd Author of Young Black Rich & Famous
In this controversial look at the impact of cutting-edge black urban culture on contemporary America, Dr. Todd Boyd, the man CNN deemed "the hip-hop professor," uses the intertwining worlds of basketball and hip-hop as a powerful metaphor for exploring the larger themes of race, class, and identity. In the 1970s, as a direct result of both the civil rights and the black power movements, black popular culture became a visible, influential presence in mainstream film, television, music, and sports. Basketball, in particular, reflected the changing landscape. The NBA came to be dominated by young black men whose potent combination of fame and wealth, often coupled with a defiance of white mores, profoundly disrupted the status quo. At the same time, hip-hop music was emerging from the streets of New York City. An expression of and a response to urban conditions, it served as a way of being heard when many other forces attempted to suffocate the black voice. It, too, aroused strong reactions.
In Young, Black, Rich and Famous, Todd Boyd chronicles how basketball and hip-hop have gone from being reviled by the American mainstream to being embraced and imitated globally. For young black men, he argues, they represent a new version of the American dream, one that embodies the hopes and desires of those excluded from the original version.
Shedding light on both perceptions and reality, Boyd shows that the NBA has been at the forefront of recognizing and incorporating cultural shifts-from the initial image of 1970s basketball players as overpaid black drug addicts, to Michael Jordan's spectacular rise as a universally admired icon, to the 1990s, when the hip-hop aesthetic (for example, Allen Iverson's cornrows, multiple tattoos, and defiant, in-your-face attitude) appeared on the basketball court. Hip-hop lyrics, with their emphasis on "keepin' it real" and marked by a colossal indifference to mainstream taste, became an equally powerful influence on young black men. These two influences have created a brand-new, brand-name generation that refuses to assimilate but is nonetheless an important part of mainstream American culture. A thought-provoking examination of basketball and music-"the two rarefied spaces where the most fundamental elements of blackness are articulated and played out, both internally and for the masses"-Young, Black, Rich and Famous brilliantly captures a culture and a sensibility that are at once unique, influential, and sometimes intimidating to so many.
Dr. Boyd recently told us more about why he wrote YOUNG, BLACK, RICH AND FAMOUS, the role of hip-hop in his writing, Kobe, and more.
Why did you write this book and what is the book's main message?
When you look at the culture at large, basketball and hip-hop are amazing because they're both extremely popular and are dominated by young black men. And are both mainstream in their popularity. I was interested in how basketball and hip-hop have become these cultural entities that demand so much attention and at the core is black masculinity. When you look around there's nothing else that demands the attention of the future.
What's the attraction? Why are they able to operate so freely in that environment and not in other parts of society?
Society has always been interested in urban black male style. There was jazz in the 1940s, 1950s and 1960s. There were racial hindrances, but increasingly jazz started to hit the mainstream. Frank Sinatra's whole sense of identity came from the gangsters that he grew up with, but also the black jazz musicians. The same could be said for the Beats, Jack Kerouac (et al.) mimicked Bird and the whole bebop thing. Fred Astaire wouldn't be Fred Astaire if not for copying Bill Bojangles Robinson.
The theme of hip-hop is important to you-all four of your books deal with the topic. Why is hip-hop so significant to you and why has it become such a critical cultural indicator?
I love hip-hop, I grew up with it. I tell people all the time that I was in tenth grade in 1979 when "Rapper's Delight" came out. I'm from Detroit and that was the first time we heard hip-hop. I've grown up with hip-hop and it's always been a part of my identity. When everyone was listening to [Michael Jackson's] "Thriller," I was listening to Grandmaster Flash and the Furious Five. Hip-hop has always been interesting. The attitude is familiar to me and to see that attitude represented now in mainstream society and to see people's reaction to it is amazing. An attitude and a style that's common to black society and black men, but until hip-hop we hadn't seen that style and attitude in public so much. There have been some examples of that attitude, but they haven't been so overt: Miles playing with his back to the audience, and the Black Panthers and their imagery, the images were out there, but they weren't popularized, or broadcast in mainstream society in the same way that they are today. Hip-hop is a movement in which a number of people exhibit an aloof, militant, distant, defiant, and creative style. There's an indifference to mainstream approval with hip-hop but ironically in the end it's received massive mainstream approval. And that approval has turned into dollars and cents.
20. April 2004
By Olivier at 23:43
La pertinente intervention de Skoteinos (sorry je ne sais pas faire les liens directs texte, alors, cliquez sur la colonne de droite pour visiter son blog et lire le post « C’est quoi pop ? ») me donne l’occasion de préciser deux ou trois choses. C’est quoi pop, donc ?
J’évite d’abord de dire que tout est dans le pop et que le pop est dans tout, même si je suis tenté.
Dans la langue de Britney Spears, pop est le diminutif de « popular » (« populaire » mais aussi « qui attire l’attention »). Pop culture signifie donc culture populaire. Le terme existe avant tout dans les pays anglo-saxons, lieux où le spectacle et le divertissement ne sont pas toujours considérés uniquement comme des abrutissements de masse. Quant Skoteinos s’étonne de mes innombrables références à Andy Warhol, il soulève une ambiguïté que je n’avais pas encore pris la peine d’éclaircir : en effet, le pop art n’est pas la pop culture. Le rôle central de Warhol, ce n’est pas vraiment un secret, a été d’être le premier à saisir l’importance de la consommation et du spectacle populaires, en mêlant dans son travail fascination, ironie et morbidité. Pas évident, mais il a réussi. Il a été une plaque tournante, un soleil, un relais. Son œuvre est une suite d’échanges, reprises et transformations de signes connus par tous. La pop culture, elle, s’est développée avant lui (puisqu’il en a été l’un des premiers commentateurs) mais le passage sur terre de l’artiste à moumoute péroxydée l’a transformée : depuis les années 60, beaucoup des nouveaux entertainers (chanteurs, acteurs, parfois cinéastes, j’en oublie) ont pris acte du pouvoir énorme que leur donne leur statut. Le jeu avec les signes, les attitudes, les accoutrements, les références, est devenu (surtout aux Etats-Unis) un passage obligé. Voir un exemple récent tout bête, celui du groupe de hip hop transversal Outkast, qui dans le clip de Hey Ya ! a mis en images la chanson numéro 1 de l’hiver 2004 en imitant une vieille émission de la télévision américaine. Voire aussi ce que dit Kelis, dans mon précédent post, de la posture de P Diddy.
Il n’y a que très peu d’innocence dans la pop culture actuelle nourrie plus ou moins lointainement par le pop art – non, « ces jeunes avec des grosses baskets, des casquettes vissées à l'envers et des grappes de femmes plantureuses dans des bras over-musculeux » ne SONT PAS pas « pareils à ces boîtes de soupes qui ignorent leur propre popitude » (Je remixe du Skoteinos).
Peu d’innocence, donc, voire même pas mal de cynisme, et il faut des qualités de slalomeur pour aimer certaines de ces icônes sérieusement quand tout, a priori, nous dit le contraire – mon post sur Usher, « Yeah, baby ! », est fait pour ça. Je tente donc de me placer dans ce terrain mouvementé, dans cet intervalle de pur présent ou la pop culture, arrogante, omniprésente et prétentieuse, est dans le même temps un passionnant lieu de réflexions, dans tous les sens du terme.
Alors une première définition: être pop veut dire, en plus de faire la queue à six heures du matin pour acheter des places pour le concert de Madonna, trouver l’art dans la culture – et vice versa. Toujours avec style. Popbisous à tou(te)s.
19. April 2004
By Olivier at 17:00
Dialogue entre la chanteuse Kelis et une journaliste de The Face (n°88, mai 2004) à propos de P Diddy, rappeur-producteur majeur du show business US.
K - C'est un putain de génie. Depuis quand avez-vous vu un Noir qui n'a pas de talent devenir une star aussi énorme???
J - Mais il passe son temps à glander sur son yatch, habillé comme la famille royale espagnole...
K- Justement, tout est là. Il est super, vraiment super. Il prend tout ça vraiment, vraiment au sérieux. Pour moi, il fait revivre le Hollywood des temps anciens.
Pas mal, non ?
By Olivier at 01:06
Une petite sucrerie pour que la nuit soit douce...
18. April 2004
By Olivier at 21:10
Cette cover du numéro de The Face spécial bilan 2003 est comme un étendard de l’esprit du magazine : anti-wasp, porno-chic, bubblegum, stylé, graphiquement intelligent, agent provocateur, marquant. Une beautiful girl que je connais bien m’a offert vendredi soir, pour mon anniversaire, le numéro bientôt collector de mai 2004, avec sur la couverture Kelis & André 3000 de Outkast en créatures johngallianesques - shootées par David La Chapelle. Dans le texte qui leur est consacré, les deux divas underground du rap US mainstream (les non anglophones m’excuseront, je ne trouve pas d’autre moyen pour exprimer la posture contradictoire des deux zygotos) sont interviewées dans le restaurant de Justin Timberlake à L.A.. Et l’obsédé de théorie même sous trois couches de fraises tagada que je suis est frustré. Jamais rien n’est dit sur ce qui fait réellement la valeur de ces musiciens : une folie iconoclaste chez André 3000 et un autre type de démesure, sexuelle et enfantine à la fois, chez Kelis. Pas compliqué pourtant, ça saute aux yeux, au moins David La Chapelle, lui, l’a pigé en les prenant en photo.
Tout ça pour dire quoi ? Pour dire que même un magazine subtil comme The Face, si subtil que son nouveau propriétaire EMAP a décidé d’en arrêter la publication (scandale évidemment) est incapable de réfléchir deux secondes au moyen d’un texte à ce que par ailleurs, grâce aux images, aux titres, aux enchaînements visuels, il laisse clairement percevoir. Du coup, The Face reste (restait) exclusivement du côté de ceux qui montrent, qui produisent des signes, mais sont un peu embarrassés pour les commenter.
Ce qui me laisse penser que la culture pop d’aujourd’hui, si belle et si omniprésente, a cruellement besoin de commentateurs, chroniqueurs, écrivains autres que Brett Easton Ellis, et que ce besoin n’est pas anodin mais fondamental pour la comprendre et éventuellement l’aimer, c’est-à-dire pour surnager, swinguer etc dans le contemporain outrancier que nous traversons tous. C’est une question politique, bien sûr, et en un sens, c’est question tout sauf cool. Y'a du boulot.
PS Je connais une jeune fille qui a vu le garçon sur la photo dans un magasin Hello Kitty de Los Angeles et j'en suis fier
16. April 2004
By Olivier at 19:39
J’ai traversé la Nouvelle Star de larmes en larmes, comme chaque semaine, et il sera un jour temps de me demander pourquoi. Pourquoi cette émission me paraît, jeudi après jeudi, être le summum de la télé d’aujourd’hui. Même quand les chansons m’emmerdent, même quand ils chantent faux. Hier, pourtant, était spécial : c’était ce que j’appellerai une émission totale. Je m’explique.
Ceux qui aiment la Nouvelle Star parce que ce serait « authentique » ont tort de dire (ou d’écrire, en l’occurrence, ce fut fait hier dans Libération) que là, au moins, on s’éloigne de la téléralité. Au contraire, on est en plein dedans.
Il n’y a pas d’émission quotidienne, pas de caméras 24/24, pas de vie en commun, comme dans Starac ? La Nouvelle Star est face à un nouveau défi : remplir en quelques minutes, en quelques plans, le vide laissé pendant la semaine écoulée. La grande force de l’émission est là. Chaque regard, chaque geste, chaque angle de caméra, chaque inflexion de la voix compte. L’intensité est sans cesse renouvelée, nourrie par le flot de ces images toujours décisives. Stupéfiants hier soir les petits reportages précédant l’entrée en scène de chaque candidat. En une minute trente défilait le récit de leur « journée type » du jeudi : arrivée dans la salle, angoisse, répétitions, re-angoisse, maquillage. Les moments avant leur entrée en scène clôturaient le reportage, et le direct reprenait, avec le début de la performance du soir pour l’interprète.
Différé+direct, l’un donnant à l’autre la main, toute la dualité (je pourrai dire l’esprit dialectique) de la Nouvelle Star est là : entre le montage de la vie en tranches de quotidien spectaculaire et la mise en danger permanente de ce montage par l’irruption d’un autre espace (le moment du chant), qui n’est ni le réel brut ni bien sûr le songe, mais un état toujours vaporeux – que je rapprocherai des grands moments de sport à la télé, quand on ne sait plus si c’est la chorégraphie des corps, la compétition ou encore la compassion pour la douleur qui provoquent notre éperdu désir. Ce genre de mis en scène de l'émotion est absolument unique, c'est signé télé.
L’émission d’hier était aussi totale parce qu’en plus, déglinguée, malpolie, excessive. Bordélique jusqu’au bout. J’ai aimé : la nudité excessive de la scène, la subtile révélation du couple Laura/Steeve (photo), les visages sans exception, l’esprit de rébellion. J’en dirai plus une autre fois parce que là je dois me casser : c’est mon anniversaire, les gens m'attendent.